La danse qui se prend trop au sérieux devrait parfois laisser son subconscient respirer.
Jeu de la vie
Jeu de la vie est un trio interprétés par Oly Dion, Jane Millette et Clara Truong, chorégraphié par Apolline Saulnier.
N’est-il pas paradoxal qu’un jeu soit si amusant précisément parce qu’il repose sur des règles ? Des règles qui, pourtant, permettent une forme de liberté, une liberté d’amusement. Elles ouvrent un champ de possibles, dessinent une progression vers un but : gagner, créer, évoluer. Pour y parvenir, il suffit de puiser dans une part rusée de nous-mêmes, une part inventive. Le jeu enflamme notre imagination, nous pousse à surprendre. Et gagner.
Mais le jeu de la vie, lui, est sans adversaire. Un jeu à un seul joueur. Pas de concurrence, seulement une volonté d’observer. Contempler ce que l’instant présent provoque à l’instant futur, ce que le passé a déclenché. C’est une affaire de temps, d’évolution, de répercussions. Observer le mouvement, la création, la disparition. Apprécier la proximité, l’éloignement. Remarquer les rapprochements, les neutralités. Admettre que la complexité, la dualité, les paradoxes eux-mêmes, provoquent une forme de satisfaction, une beauté, un amusement.
Et peu à peu, un regard extérieur s’installe. L’homme, observateur attentif, se laisse happer par la précision de cette mécanique. Il cherche des motifs récurrents, s’émerveille de l’apparition de symétries au cœur du désordre. Impuissant, il assiste à un glissement entre harmonie et chaos. Son cerveau se trouble en tentant de comprendre une logique déjà établie. Il n’a pas su prévoir cette prolifération née d’un minimum d’essence. Deux règles seulement gouvernent pourtant cette évolution. Déstabilisé, il cherche une nouvelle logique dans une structure existante. Et de là, naît la complexité.
Alors, comment la danse peut-elle traduire cela ? Comment incarner les apparitions, les disparitions, les proximités, les zones de neutralité, cette dualité ? Comment un duo dansé peut-il révéler d'autres mécaniques, d'autres jeux, d'autres formes de création ? Je pourrais dire que dans la danse, il y a la vie, et dans la vie, la danse. Si j’embrasse cette idée, alors je peux affirmer que la danse repose sur ces mêmes fondations : le jeu, les règles, les concepts, les mécanismes, les disparitions… et surtout, l’inattendu.
Cette danse… c’est surprendre dans la création.
C’est déminer les situations complexes.
C’est accepter que l’évolution ne vient pas toujours de nous, mais qu’elle a peut-être été choisie avant. Alors, il faut s’en satisfaire, composer avec elle, lui faire confiance. Avoir foi en cette belle évolution. Peu importe sa destinée.
La dualité entre la logique et l’instinct. L’absurde qui naît des paradoxes. Partir d’une structure solide, portée par un concept clair. Mais derrière cette rigidité, une autre profondeur se révèle, entre subtilité et loufoquerie. Car la danse qui se prend trop au sérieux devrait parfois laisser son subconscient respirer. Le tableau d’apparence noir et blanc se pare alors de couleurs, par la seule force du mouvement. C’est un jeu d’apparences, de points de vue, de perception. Un jeu de la vie.









